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Sénégal-Turquie : comment Macky Sall et Erdogan ont renforcé l’axe Dakar-Ankara

Les relations entre le Sénégal et la Turquie se sont intensifiées ces huit dernières années. Les présidents des deux pays sont les artisans de cette nouvelle dynamique qui touche essentiellement les domaines politique, économique, social et éducatif.
 
Pour témoigner sa solidarité à la Turquie, frappée ces derniers jours par de violents incendies qui ont fait près d’une dizaine de morts et défiguré ses côtes, le Président Macky Sall s’est entretenu au téléphone, mardi 10 août, avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan.
 
Ce dernier a remercié son interlocuteur pour sa compassion et-retour d’ascenseur immédiat- promis d’offrir au Sénégal douze tonnes de matériel médical pour soutenir le pays dans la lutte contre la Covid-19. Le chef de l’Etat a salué sur son compte Twitter ce geste, symbole de la bonne entente entre Dakar et Ankara. 
La Turquie est le quatrième pays le plus présent en Afrique avec 43 représentations diplomatiques. Seuls la Chine (52), les Etats-Unis (50) et la France (47) font mieux. Elle entretient des liens avec Sénégal depuis 60 ans. Mais depuis 2013, les deux pays ont intensifié leurs relations avec le rapprochement entre Macky Sall, arrivé au pouvoir un an plus tôt, et Erdogan, le Premier ministre devenu chef de l’Etat en 2014.
 
Vingt-huit voyages en Afrique, quatre au Sénégal
 
Le dirigeant turc a effectué 28 voyages en Afrique dont quatre au Sénégal. Le dernier remonte à janvier 2020. Il était accompagné de ministres (Affaires étrangères, Défense, Industrie, Energie) et d’opérateurs économiques de son pays. Plusieurs accords bilatéraux ont été signés. Un forum économique d’hommes d’affaires turcs et sénégalais était au programme. Et les deux présidents avaient convenu de porter à l’horizon 2025 leurs échanges commerciaux à 1 milliard de dollars (environ 600 milliards de francs CFA). Le précédent objectif, qui a été atteint, était de 400 millions de dollars (environ 230 milliards de francs CFA).
 
D’après la politiste Gabrielle Angey, interrogée par le journal français La Croix, le Sénégal est devenu pour la Turquie la «tête de pont» du développement de ses relations commerciales avec l’Afrique de l’Ouest. Avec sa position géographique, sa stabilité politique et les perspectives économiques qu’il offre, notamment avec le lancement du Plan Sénégal émergent (PSE) et les découvertes de pétrole et de gaz, Dakar présente, en effet, de sérieux atouts pour séduire Ankara.
 
Hommes d’affaires, ONG et TIKA
 
Pour réussir son implantation dans la capitale sénégalaise et, de là, étendre son influence dans toute la région, la Turquie s’appuie sur trois leviers : ses opérateurs économiques, ses ONG et l’Agence turque de coopération et de coordination (TIKA). «L’économie est la pierre angulaire de la politique étrangère turque, confirme Gabrielle Angey. Les acteurs privés sont partie prenante de l’expansion de la puissance turque. Ils agissent pour permettre le rapprochement.»
 
«Depuis une dizaine d’années, la Turquie est devenue un partenaire important pour le Sénégal. Elle nous accompagne en particulier dans la réalisation diligente d’infrastructures de développement», salue Macky Sall.
 
Après avoir repris en main la construction de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) de Diass, livré en décembre 2017, les entreprises turques ont bâti à Diamniadio le Centre international de conférence Abdou Diouf, le Palais des sports Dakar-Arena et l’hôtel Radisson.
 
En plus, elles contribuent à l’installation du Train express régional (TER) et l’érection du Stade olympique de Diamniadio.
 
La TIKA, pour sa part, finance des projets sociaux et de développement durable au Sénégal tandis que les ONG et associations turques interviennent dans l’éducation, l’accès à l’eau et l’aide aux plus démunis. 
 
L’heure du rééquilibrage 
 
En 2016, les relations entre le Sénégal et la Turquie ont connu un tournant important, peut-être décisif. Au lendemain de la tentative de coup d’Etat qui visait le pouvoir d’Erdogan, Ankara se lance dans une vaste chasse aux sorcières. Principale cible : le prédicateur Fethullah Gülen basé aux Etats-Unis, qui est jugé responsable du putsch avorté.
 
Le pouvoir d’Ankara s’emploie au démantèlement du réseau Gülen et sa chaîne d’écoles disséminées aux quatre coins de monde dont le Sénégal. La Turquie demande et obtient de Dakar, comme de plusieurs autres pays, la fermeture des établissements affiliés au prédicateur turc. Le gouvernement d’Erdogan confiera la gestion de ces écoles à la Fondation Maarif.
 
Aujourd’hui, les deux pays cherchent à équilibrer leurs relations bilatérales qui penchent lourdement côté turc. A titre d’exemple, le volume des exportations de la Turquie vers le Sénégal était de 224 millions de dollars (environ 130 milliards de francs CFA) en 2017 tandis que ses importations depuis le même pays étaient de seulement 5 millions de dollars (près de 3 milliards de francs CFA).
 
Pour équilibrer la balance commerciale, l’ambassadeur d’Ankara à Dakar, Ahmed Kavas, estime que la balle est dans le camp sénégalais. «Au lieu d’exporter des matières premières, il faut transformer sur place (avant de les envoyer dans son pays)», suggère, par exemple, le diplomate. Qui précise que cette option doit être valable dans les relations entre le Sénégal et tous les pays avec lesquels il entretient des relations commerciales.
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